L’hydroélectricité reste, en volume de production, la première source renouvelable d’électricité au monde. Elle représente environ 14 % de la production électrique mondiale selon les données Ember reprises dans le Global Electricity Review 2026, contre 14,4 % un an plus tôt. Ce recul relatif ne change pas le classement : aucune autre filière renouvelable ne génère autant de TWh sur une année complète.
Facteur de charge de l’hydroélectricité et limites structurelles
La domination de l’hydraulique tient à un avantage technique durable : un facteur de charge élevé par rapport au solaire photovoltaïque et à l’éolien terrestre. Un barrage bien dimensionné produit de l’électricité de manière quasi continue, là où une centrale solaire dépend de l’ensoleillement diurne et une éolienne de la régularité du vent.
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Ce facteur de charge explique l’écart entre capacité installée et production réelle. Le solaire représente déjà une part considérable de la puissance installée dans le monde, mais sa production annuelle reste inférieure à celle de l’hydroélectricité. Nous observons ce décalage dans presque toutes les régions équipées massivement en panneaux solaires.
L’hydraulique présente toutefois des contraintes que les autres filières n’ont pas :
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- La dépendance aux précipitations et au débit fluvial rend la production vulnérable aux sécheresses prolongées, un risque croissant dans plusieurs bassins majeurs.
- Les sites exploitables de grande capacité sont déjà largement équipés dans les pays industrialisés, ce qui limite le potentiel de croissance nette.
- L’impact environnemental des grands barrages (modification des écosystèmes, déplacement de populations) freine les nouveaux projets dans de nombreuses juridictions.
Ces limites structurelles expliquent pourquoi la part de l’hydroélectricité recule en proportion, même si sa production absolue reste stable.

Solaire photovoltaïque : la croissance record qui redessine le mix électrique
Le solaire est la filière renouvelable dont la progression est la plus rapide. D’après Ember, la production solaire mondiale a augmenté de 636 TWh en 2025, une hausse record qui a couvert une grande partie de l’augmentation de la demande électrique cette année-là.
Cette dynamique repose sur plusieurs facteurs techniques convergents. Le coût du watt-crête installé continue de baisser, les rendements des cellules en silicium monocristallin progressent, et les chaînes d’approvisionnement en panneaux solaires ont atteint une capacité manufacturière sans précédent.
Le solaire ne détrône pas encore l’hydroélectricité en production annuelle totale. La raison est arithmétique : un facteur de charge plus faible impose davantage de capacité installée pour produire le même volume. Mais la trajectoire est claire. Si le rythme d’installation se maintient, le solaire pourrait devenir la première source renouvelable d’électricité dans les prochaines années, d’abord dans certains pays, puis à l’échelle mondiale.
Hiérarchie des renouvelables selon les pays : éolien, hydraulique et solaire ne se classent pas partout de la même façon
La réponse à la question du titre change selon la géographie. Aux États-Unis, l’éolien a produit davantage d’électricité que l’hydraulique en 2025, d’après les données d’Ember reprises par The Energy Collective. Ce cas illustre un point que les classements mondiaux masquent : la hiérarchie des renouvelables dépend du gisement local.
En France, l’hydroélectricité domine historiquement la production renouvelable grâce au parc de barrages hérité des grands programmes d’après-guerre. L’éolien et le solaire montent en puissance mais restent loin derrière en volume annuel.
Dans les pays scandinaves, l’hydraulique assure la quasi-totalité de la production renouvelable. En Australie, le solaire progresse très vite grâce à un ensoleillement favorable. Au Brésil, les grands barrages amazoniens maintiennent l’hydraulique en tête, malgré les épisodes de sécheresse de plus en plus fréquents.
Ce que ce classement variable implique pour les politiques énergétiques
Un pays ne peut pas simplement copier le mix renouvelable d’un voisin. Le choix entre hydraulique, éolien et solaire dépend du gisement naturel, du réseau de transport existant et de la capacité de stockage disponible. Les interconnexions électriques entre pays permettent de lisser ces disparités, mais elles ne les suppriment pas.

Production et capacité installée : une distinction technique à ne pas confondre
La confusion entre production (en TWh) et capacité installée (en GW) fausse régulièrement le débat public. Une technologie peut représenter une part massive de la puissance installée sans produire autant d’électricité sur l’année.
Le solaire illustre parfaitement ce décalage. Sa capacité installée mondiale dépasse désormais celle de l’hydroélectricité. Pourtant, en production réelle, l’hydraulique reste devant. La raison tient au facteur de charge : un panneau solaire ne produit que pendant les heures d’ensoleillement, alors qu’une turbine hydraulique peut fonctionner jour et nuit si le débit le permet.
L’éolien se situe entre les deux. Son facteur de charge dépend fortement du site : un parc offshore en mer du Nord produit proportionnellement bien plus qu’une éolienne terrestre dans une zone peu ventée.
- L’hydroélectricité affiche un facteur de charge parmi les plus élevés des renouvelables, ce qui lui donne un avantage en production annuelle.
- Le solaire compense un facteur de charge plus faible par un rythme d’installation très supérieur à toutes les autres filières.
- L’éolien offshore progresse en facteur de charge grâce à des turbines de plus grande taille, mais les coûts d’installation restent élevés.
Cette distinction entre GW installés et TWh produits est le point technique que nous considérons comme le plus mal compris dans les comparaisons entre renouvelables. Raisonner en capacité installée seule donne une image trompeuse du mix électrique réel.
L’hydroélectricité conserve donc sa première place en production d’électricité renouvelable à l’échelle mondiale. Le solaire la rattrape à un rythme sans équivalent, porté par des baisses de coûts et des volumes d’installation records. La bascule, quand elle arrivera, ne sera pas un événement symbolique : elle reflétera un changement profond dans la structure technique des réseaux électriques.